janvier 21, 2020 Actualité Pas de commentaire

Qualité, stabilité, neutralité, confidentialité. Le pays capitalise sur ses atouts et s’investit dans l’économie de la data. Il ambitionne de devenir un havre de paix pour le stockage des données physiques et numériques confidentielles des entreprises suisses et internationales.

Avec la croissance exponentielle des données numériques, la Suisse se repositionne. Elle mise désormais sur la protection des données physiques et numériques stockées dans les fermes de serveurs suisses. De par sa réputation en termes de qualité, de stabilité, de respectabilité et de neutralité, la Suisse a de nombreuses cartes en main pour se placer en pole position des meilleurs pays pour le stockage des données physiques et numériques des entreprises suisses et internationales. Le 20 avril 2016, le Conseil fédéral a adopté la Stratégie Suisse numérique. Avec elle, le pays se dote ainsi d’un agenda pour empoigner les enjeux digitaux. L’économie de la donnée et sa sécurité sont au cœur de la réflexion.

Avec la numérisation galopante de la société, la protection des données des individus, d’un Etat ou d’une entreprise, est devenue cruciale. La multiplication des vols de données sensibles par des cybercriminels n’a fait qu’accélérer le besoin de sécurité. La Suisse a donc de sérieux atouts. Selon le classement mondial réalisé par le Data Centre Risk Index, elle se place au 11e rang des pays les plus attractifs pour y implanter un centre de données.

Attrait légal
Plusieurs facteurs expliquent cet attrait. Sur le plan légal, la Suisse jouit d’une bonne réputation en matière de confidentialité et de protection des données. En effet, la loi sur la protection des données, qui doit être révisée dans le courant de l’année 2016, s’applique à tout traitement de données personnelles, qu’elles soient numériques ou non. En d’autres termes, les données stockées légalement dans les centres suisses – sous forme physique (CD) ou numérique – sont en principe inaccessibles.

A cela s’ajoute la stabilité politique, la neutralité, l’approvisionnement sûr et bon marché en électricité, quasiment sans émissions de CO2, puisqu’elle est produite à 60% par l’énergie hydraulique, donc renouvelable. Ne l’oublions pas, une ferme de serveurs est d’abord un gouffre énergétique pour déployer la puissance nécessaire au refroidissement des serveurs informatiques qui tournent à plein régime.

Un territoire dédié à l’hébergement informatique
Aujourd’hui, la Suisse abrite plus de 62 centres de données en colocation, c’est-à-dire qu’ils sont partagés par plusieurs entreprises. Ce chiffre exclut les data centers privés comme ceux de la banque UBS ou de l’opérateur Swisscom. Plus de 150’000 m2 de surfaces sont dédiées à l’hébergement informatique, c’est-à-dire plus de 20 terrains de football. Cela représente une expansion de 63% des surfaces suisses de centres de données depuis 2011, selon l’étude de l’Institut für Wirtschaftsstudien à Bâle (IWSB). Au niveau européen, la Suisse se place au 6e rang des pays qui enregistrent la plus grande surface de centres de données. Un centre de données de 10’000 m2 consomme autant d’électricité qu’une ville de 50’000 habitants.

De nombreuses entreprises helvétiques, notamment romandes, capitalisent sur l’attrait de la Suisse en se profilant dans l’hébergement de données, à l’instar de Safe Host, qui dispose déjà d’un premier centre de données à Plan les-Ouates, dans le canton de Genève. Celle-ci s’apprête à inaugurer un deuxième centre à Gland (Vaud) de 18’000m2. La mise à disposition de l’espace se fera par étapes. On citera également T3 Risk Management, Wisekey, Seculabs, SCRT, NetGuardians, Navixia, Equinix, Brainserve…. La Suisse connaît un véritable boom.

Les centres de données s’allient
C’est pour faire connaître à l’international les avantages du stockage de données en Suisse que l’association Vigiswiss a vu le jour au mois de février 2016. Elle rassemble pour l’heure douze sociétés suisses actives dans l’hébergement de données comme Deltalis, Safe Host ou Abissa. Les principaux centres de données sont regroupés derrière un label de qualité pour faire connaître, à l’étranger, les avantages du stockage de données en Suisse.

Selon la présidente du comité stratégique de Vigisswiss, Laurence Jovignot-Halifi, l’association ambitionne de «fédérer les meilleures sociétés suisses qui gravitent autour du stockage et de la protection des données pour défendre ensemble le coffre-fort numérique suisse à l’international.» L’offre de Vigiswiss s’adresse aussi bien aux gouvernements qu’aux entreprises, ainsi qu’aux organisations internationales qui voudraient protéger leurs données confidentielles.

Une nouvelle économie à préserver
Les centres de données membres de l’association Vigiswiss ont donc signé une charte de qualité par laquelle ils s’engagent à garantir un haut niveau de sécurité et à ne pas héberger de données illégales. En cas de problème, les data centers certifiés doivent pouvoir fournir une solution en moins de 24 heures à leurs clients. Ce label vise à garantir aux clients internationaux le plus haut niveau de sécurité pour leurs données. Par ailleurs, les membres de l’association seront régulièrement audités par un organisme indépendant pour s’assurer qu’ils respectent bien ces normes.

L’autre mission de Vigiswiss vise à apporter des éclairages aux législateurs sur les enjeux économiques que représentent le stockage, la sécurité et la confidentialité des données en Suisse. Selon l’association, il est primordial qu’ils assurent les conditions cadres pour soutenir le développement de cette nouvelle économie. Pour l’heure, la Suisse refuse encore un contrôle administratif sur les données stockées : un avantage compétitif par rapport à d’autres pays que Vigiswiss aimerait préserver pour attirer des clients étrangers.

L’armée reconvertit ses bunkers
Les acteurs privés ne sont pas les seuls à comprendre le rôle que pourrait jouer la Suisse dans la «Data Economy». Depuis plusieurs années, l’armée suisse reconvertit ses bunkers en centres d’hébergement de données privées. C’est le cas notamment de l’ancien centre de commandement d’Attinghausen, dans le canton d’Uri. Depuis sa reconversion, il est devenu l’un des plus grands centres de stockage de données du pays pour les acteurs suisses et étrangers de l’économie. Ces derniers représentent 30% des clients.

Le bunker d’Attinghausen est situé à 10 km du lac des Quatre-Cantons. Il se niche à 1500m sous la roche de la montagne, protégé par des portes antinucléaires de 4t derrière lesquelles tournent les serveurs informatiques de banques privées, de groupes pharmaceutiques mais aussi de multinationales, pour ne citer qu’eux. Ce repaire de films d’espionnage, dont les coordonnées GPS sont tenues secrètes, se compose de 15’000 m2 de couloirs et d’antichambres répartis sur trois niveaux.

318 iPhones par foyer
A l’heure actuelle, plus d’un tiers de la surface est loué. Compte-tenu de la demande étrangère croissante, les responsables d’Attinghausen n’auront pas de peine à louer le reste.

En effet, selon l’institut d’études de marché IDC, le volume mondial de données double chaque année. En 2020, il faudra la capacité de stockage de 318 iPhone 6S de 32 Go pour contenir les données produites par un foyer, en une année.

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